Une assemblée générale sous le signe du franc parlé.

Daniel OCHIDA interviewé ce 5 avril sur RRB au lendemain de l'Assemblée générale du MEDEF-NC

 

 

 

 

 

Daniel OCHIDA, Président du MEDEF Nouvelle-Calédonie a exposé le rapport moral de la fédération des entreprises, hier jeudi 4 avril 2019, en Assemblée Générale.

Mesdames Messieurs, chers amis, chers collègues,

J’aurais aimé vous accueillir à notre AG dans un contexte économique et social plus serein mais malheureusement ce n’est pas le cas.

En effet, la Nouvelle-Calédonie a tous les symptômes d’un pays en état de faillite car malgré tous les discours rassurants, nous vivons bel et bien une crise économique structurelle grave, qui dure depuis de nombreux mois maintenant et qui malheureusement se prolonge. Celle-ci a déjà coûté des centaines d’emplois dans le secteur privé.

L’heure est à la mise en place de mesures radicales et on ne peut plus se contenter d’emplâtres jusqu’ici mis en œuvre par les dirigeants de ce pays. Depuis plus de 5 ans nous ne cessons au Medef d’alerter les partis politiques sur la crise économique inévitable qui nous attend si on ne change pas radicalement de politique et encore une fois les faits nous ont donné raison.

Le pays est gravement malade et les causes de la maladie sont connues :

  • Des dépenses publiques (dépenses du service public et dépenses sociales) qui n’ont cessé d’augmenter ces dernières années et qui deviennent à présent insoutenables. Face à une telle gabegie, aucun outil de pilotage de la dépense publique n’a été mis en place pour en mesurer l’efficacité.
  • Malgré une participation significative de l’Etat au financement des dépenses publiques (150 MMF), nous avons un taux de prélèvement obligatoire de 35%. Je vous laisse deviner le taux auquel nous arriverions si la NC devait financer en lieu et place de l’Etat les secteurs (hors missions régaliennes) pour lesquels nous sommes pourtant compétents comme l’éducation du second degré (50MMF) et bien d’autres…
  • La Collectivité de Nouvelle-Calédonie est fortement endettée et ne peut plus emprunter auprès de ses organismes prêteurs habituels. Si vous ajoutez à cette dette les engagements « hors bilan » de la collectivité ainsi que la dette des régimes sociaux, 28 MMF pour le seul régime du RUAMM, vous mesurez ainsi le poids de la dette du pays ! Cela signifie clairement que le pays ne peut plus emprunter pour financer un plan de relance par de grands travaux par exemple.
  • Une situation économique qui pourrait devenir catastrophique car nos 3 usines métallurgiques qui perdent toutes de l’argent, ont cette chance de voir leurs pertes jusqu’à présent financées par les actionnaires avec l’aide de l’Etat pour le cas de la SLN, ce qui permet au moins de maintenir les emplois. Je vous laisse imaginer un seul instant le désastre économique et social que cela provoquerait si l’une d’entre elles, la SLN par exemple venait à fermer ! Faut-il vous rappeler qu’il n’y a pas très longtemps, se posait également la question de la poursuite d’exploitation de l’usine du Sud qui n’a dû son salut qu’aux perspectives encourageantes de développement des voitures électriques et de leurs batteries. N’oublions pas également les transferts de l’Etat qui continuent de jouer le rôle d’amortisseur de crise.
  • Un pays de moins de 300 000 Ha, où les entreprises crèvent d’une surrèglementation et d’une suradministration de leur économie avec entre autres des prix règlementés, un droit du travail complexe, des compétences transverses saucissonnées par province (code de l’environnement, tourisme, service emploi…). Cette complexification administrative locale est bien souvent issue de copiés-collés de ce qui en général marche mal en France Métropolitaine.
  • Franchement, qui envie ce modèle Français qui pour traiter un problème posé, commence à faire voter une loi et dans la foulée un impôt ou une taxe ? Et lorsqu’on s’aperçoit que la loi ou l’impôt ne répond pas tout à fait au problème posé, alors on accorde des dérogations pour certains ou des niches fiscales par exemple. Résultat : plus personne ne s’y retrouve !

Et je pourrais encore continuer ma longue litanie sur l’état actuel de notre Territoire, mais la question qui nous préoccupe tous est : que nous réserve l’avenir ?

 

On peut sans trop se tromper avancer que ce 1er référendum a « refroidi » bon nombre d’investisseurs et que la perspective d’un 2ème et 3ème référendum ne peut que porter le coup de grâce aux futurs investissements. Nous le savons tous, les investisseurs ont avant tout besoin de visibilité sur l’avenir institutionnel du pays et de stabilité en matière fiscale et règlementaire. L’investisseur veut s’assurer que les règles du jeu ne changeront pas à chaque changement de majorité politique.

Il est alors facile d’imaginer ce que nous réservera l’avenir économique de ce Territoire si les investissements se raréfient et que concomitamment la consommation intérieure diminue !

Si cela doit être le cas, alors il faudra nous préparer à affronter quelques années supplémentaires très difficiles, et ce, malgré tous les discours rassurants des dirigeants politiques responsables en place.

La marge de manœuvre est étroite pour le prochain gouvernement et les élus futurs du congrès. Mais une chose est sûre c’est que les deux sujets sur lesquels le MEDEF n’a cessé d’interpeler les politiques, ne pourront pas échapper au débat à venir pour les prochaines provinciales, à savoir :

  • Diminuer la dépense publique de fonctionnement des services publics en les rationnalisant et en ayant recours aux services du privé dès que cela s’avère plus efficace et moins cher.
  • Relancer l’économie en commençant par affecter toutes les économies réalisées en dépenses de fonctionnement à des programmes d’investissements publics. Pour les collectivités faiblement endettées (provinces, communes), celles-ci devront faire des efforts significatifs en termes d’investissement public. Un groupe de travail du MEDEF-NC animé par le président de notre commission « économie fiscalité » Divy BARTRA, a été constitué pour faire des propositions sur la relance économique
  • Bien entendu cette réforme majeure devra se faire sans prélèvement obligatoire supplémentaire et en particulier sans charges sociales supplémentaires qui viendraient alourdir encore plus le coût du travail qui est déjà très élevé en Nouvelle Calédonie.

La Fédération des entreprises de Nouvelle-Calédonie entend par ses propositions apporter sa contribution et donner de la voix pour se faire entendre auprès des candidats aux provinciales, afin que soit créé un environnement propice au développement de l’activité économique et donc de l’emploi, en encourageant notamment l’investissement privé et que soient enfin réunies les conditions qui redonneront confiance aux investisseurs.

Nous irons également avec les membres du CODIR porter notre message sur le terrain auprès des entrepreneurs du pays d’ici mi-mai.

Je vais à présent faire rapidement un focus sur nos grands dossiers 2018, avant d’échanger ensemble et avec notre invité d’honneur.

  • En premier lieu, la TGC tant attendue par les entreprises est arrivée avec tout de même un goût amer car cette réforme fiscale qui avait vocation à simplifier le système en place de taxes a en fait accouché d’une usine à gaz avec une TVA à 5 taux dont l’application a généré un casse-tête et des coûts supplémentaires pour les entreprises devenues collectrices d’impôts. Nous avons de plus subi la double peine puisque, la moitié des taxes payées sur les stocks de marchandises aura été remboursée plusieurs mois après l'entrée en vigueur de la TGC et l’autre moitié sur 4 ans ! Et enfin pour couronner le tout, le gouvernement n’a pas hésité à instaurer une règlementation des marges et des prix dignes d’un dirigisme économique d’un autre temps, qui combinée à la crise économique actuelle a déjà mis à mal et mettra encore à genoux grand nombre d’entreprises qui ne pourront pas survivre pendant ces 12 mois de règlementation imposée par le pouvoir politique en place.
  • Cette année nous avons encore beaucoup communiqué sur la dépense publique devenue insoutenable, car à vrai dire, nous n’avons pas d’autre choix que de la diminuer. Disons-le, aucun parti politique n’est vraiment enthousiaste pour porter ce message, de peur de fâcher les électeurs de la fonction publique. Et pourtant aucun autre pays au monde ne peut consacrer autant d’argent à son administration sans même en contrôler l’efficience. Nous sommes effectivement les champions du monde en dépenses publiques car celles-ci représentent quasiment 60% de notre PIB (600 milliards). Ce niveau de dépenses a pu être maintenu jusqu’à présent car le pays a connu une période de croissance exceptionnelle avant la crise économique actuelle et surtout ne l’oublions pas, une part significative des dépenses de service public est payée grâce aux transferts de l’Etat (150 Milliards). Le solde est quant à lui assuré pour une grande part par les taxes et impôts prélevés sur les entreprises et leurs salariés consommateurs. Nous sommes donc légitimes à demander des comptes sur cette dépense publique et personne ne nous fera taire.
  • Sur l’investissement public, que dire de l’acharnement du gouvernement à vouloir travestir la vérité. Prenons l’exemple du BTP, sur les 50 Milliards de travaux listés par le gouvernement toutes collectivités confondues, la FCBTP a comptabilisé seulement 7 à 10 Milliards de travaux qui pourront effectivement démarrer en 2019. Force est de constater que si les dépenses publiques de fonctionnement sont abyssales, celles des investissements ne sont pas au rendez-vous de la relance économique tant attendue par les entreprises.
  • Une autre demande récurrente du MEDEF-NC concerne la simplification administrative car nos entreprises croulent sous le poids de l’administration, de la règlementation et des contrôles à outrance, de la multiplication des normes, de la paperasse à l’heure du numérique ! Lors des assises de la simplification administrative qui se sont tenues le 21 mars dernier, sous la houlette entre autres de notre Vice-Président Dominique LEFEIVRE, président de la commission Economie-Fiscalité du CESE, quelle ne fut pas notre surprise et avouons-le notre plaisir, d’entendre Alain Marc lors de son intervention remarquée, nous livrer des pistes pour la simplification administrative qui engendrent de facto des économies de fonctionnement. Je n’en citerai que quelques-unes : réduire le nombre de directions, de services et d’établissements publics, nécessité de mutualiser les moyens et de supprimer pour partie les diverses strates administratives liées au statut du pays… Pour le coup, on ne peut pas accuser le secrétaire général du gouvernement d’être « anti-service public » ou « anti-fonctionnaires » comme on le fait systématiquement quand de tels propos sont tenus par le MEDEF-NC. Chers amis, quelle meilleure réponse que celle d’une personnalité qui vit le service public de l’intérieur, avec des propositions concrètes adressées aux responsables politiques qui ne cessent de nous répéter qu’on est arrivé au bout de l’exercice en termes d’économie de fonctionnement et qu’on ne peut pas faire mieux !
  • Je vais maintenant aborder rapidement notre dossier prioritaire de l’emploi-formation. Le constat est simple : nous avons des jeunes qui sortent de l’école avec des diplômes et dans le même temps les entreprises n’arrivent pas à recruter car elles ne trouvent pas les salariés dont elles ont besoin. Il y a manifestement une inadéquation entre l’offre des demandeurs d’emploi et les besoins en personnel des entreprises. Nous avons avec le président de notre commission emploi-formation James DOUYERE décidé de nous emparer de ce sujet de la formation de nos futurs salariés et pour ce faire nous avons commencé par le secteur du BTP. En effet, l’AFBTP, organisme de formation du secteur, soutenu par le MEDEF-NC a obtenu son agrément de CFA et la prochaine étape consistera à y dispenser, sur son plateau technique de DUCOS des formations adaptées à nos besoins. M. DOUYERE a aussi initié le partenariat avec l’école d’Egletons qui est l’école de référence du BTP en France Métropolitaine.
  • En matière de dialogue social, nous espérons sous la houlette de Laurent VIRCONDELET, le président de notre commission « relations sociales » créer les conditions d’un dialogue apaisé avec les partenaires sociaux à partir d’éléments objectifs d’analyse et d’appréciation des sujets traités. Cette méthode permettra aux partenaires sociaux d’adopter des positions partagées par le plus grand nombre face au pouvoir politique. Il s’agit bel et bien de redonner aux partenaires sociaux toute la place et l’espace qu’ils doivent prendre dans le débat public concernant la politique économique et sociale du pays.
  • S’agissant de la protection sociale dont la présidence de la commission a été confiée à Alexandre Lafleur, vous aurez noté qu’un accord sur le principe d’un recul de l’âge de départ à la retraite à 62 ans à partir de 2026 a été signé par une large majorité de partenaires sociaux. Une étude actuarielle sera menée en 2020 pour confirmer ou non la nécessité d’un recul de l’âge. Concernant la retraite complémentaire, il semble que le président du gouvernement veuille en faire un sujet de campagne électorale en invitant les salariés calédoniens à sortir du régime métropolitain actuel pour le remplacer par un régime local. Je vous renvoie au communiqué de presse d’il y a quelques jours de HUMANIS-MALAKOFF-MEDERIC traitant de ce sujet. Pour ma part je ferais simplement remarquer que certes le rapport : actifs sur retraités, est pour l’instant très favorable en Nouvelle Calédonie ce qui explique le différentiel important actuel entre cotisations versées et prestations servies, mais que ce rapport est amené à se dégrader dans les années à venir. Je rappellerais également à ceux qui n’étaient pas là en 1994, année de la généralisation des retraites complémentaires, qu’un des arguments des défenseurs de ce choix consistait à affirmer qu’il était plus sécurisant pour les salariés calédoniens d’être adossés à un régime d’un pays de 60 millions d’habitants qu’à celui d’un Territoire de 250 000ha !

 

Pour terminer sur des notes positives, je souhaite dire qu’en 2018, le MEDEF-NC s’est beaucoup investi sur le « doing business » en Nouvelle-Calédonie. A commencer par la réalisation de la deuxième édition d’un grand salon évènementiel dans le but de développer la filière du numérique, de l’innovation et de la biodiversité en partenariat avec l’UNC et le gouvernement. Cet évènement DIGINOVA 2018 a connu un véritable succès et sera reconduit en 2019 avec une dimension encore plus internationale pour faire de la Nouvelle Calédonie, un Territoire leader dans ces secteurs d’activité.

Le MEDEF-NC a aussi initié et entretenu un écosystème attractif et convivial à travers ses Clubs Réseaux qui permettent aux adhérents de bénéficier d’une tribune pour parler de leurs services et de leurs nouveautés, d’échanger sur les méthodes modernes de management, ou parler de formation et de transition digitale… Enfin nous nous appuyons également sur les membres du Club des entrepreneurs qui organisent notamment des réunions conviviales « Afterwork » pour la communauté « j’entreprends en Nouvelle-Calédonie » au cours desquelles des conseils ou des partages d’expérience, diffusés dans une websérie de vidéos, sont adressés à tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat.

 

Pour conclure je voudrais m’arrêter un instant sur un argument de campagne que nous entendons dans la bouche de plusieurs candidats aux prochaines provinciales : « la réduction des inégalités » qui est devenu d’ailleurs l’argument tarte à la crème de la campagne.

Moi je leur réponds que la première des inégalités c’est de ne pas avoir de travail ! Car non seulement le travail vous apporte un salaire à chaque fin de mois mais de surcroît, il vous permet de bénéficier des avantages de notre système social que je n’hésite pas à qualifier de « système le plus redistributif » de notre zone géographique, voire au-delà.

En effet, citez-moi un pays de la région où on a tous ces avantages :

  1. L’école gratuite ;
  2. Un accès gratuit aux soins avec le professionnel de santé de votre choix et avec une aide médicale gratuite pour les plus démunis ;
  3. Des allocations familiales pour chaque enfant ;
  4. Une pension de retraite assurée pour nos vieux jours ;
  5. Un système d’indemnisation du chômage ;
  6. Le paiement de votre salaire en cas d’accident du travail et pendant les mois de maternité ;
  7. Un accès aux logement sociaux avec en plus une aide au logement pour les plus faibles revenus ;
  8. Une solidarité de notre société envers les handicapés et dépendants ;
  9. Un minimum vieillesse servi aux personnes âgées qui n’ont jamais été salariées et n’ont jamais cotisé à la CAFAT.

Alors oui mesdames et messieurs les futurs élus, je vous le dis tout net :

Pour réduire les inégalités dans ce pays, il faut avant tout gagner la bataille de l’emploi.

Et pour cela il faut écouter la voix des chefs d’entreprise car c’est avec eux que vous gagnerez cette bataille.

Je vous remercie.

Je voudrais également profiter de cette occasion pour remercier toute mon équipe du CODIR qui s’investit sans compter, les permanents du MEDEF-NC avec comme chef d’orchestre Catherine WEHBE, les membres du COMEX et tous les mandataires qui représentent le MEDEF-NC au sein des différentes instances du Territoire. Merci aux adhérents de nous être fidèles.

Et maintenant Mesdames et Messieurs, je souhaite vous présenter notre invité d’honneur, pour un témoignage sur le « miracle néo-zélandais » qui va sans aucun doute vous intéresser du fait de la situation économique actuelle de la Nouvelle-Calédonie.

Gageons que l’histoire de ce pays partenaire et voisin qui a réussi de manière spectaculaire à redresser son économie, puisse inspirer nos décideurs politiques.

Ce changement de modèle économique nous est exposé par l’ancien General Attorney de Nouvelle-Zélande c’est-à-dire l’équivalent du Ministre de la Justice, et actuel membre du parlement Néo-Zélandais. J’ai l’honneur d’accueillir sur la scène : Mister Christopher FINLAYSON.

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MEDEF NC

Stéphanie Hervé
Pôle Communication